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Bonhomme et Bonneval approfondissent avec « Le pays de vérité » l’univers de Guillaume de Saunhac, travail amorcé avec « Les contrées lointaines », premier opus de cette série inclassable et… classée, dans la collection Repérage des éditions Dupuis. Les deux hommes ont mis sur pied l’épopée d’un jeune noble à la recherche de son père alchimiste supposé mort et de sa jeune sœur disparue, dans un Moyen-Âge heureusement débarrassé de ses oripeaux « héroïc fantasy ». Un récit qui oscille sans cesse entre la tentation historique et le conte onirique, et basculait brutalement de l’un vers l’autre à la fin du premier album. Guillaume de Saunhac, qui subit les événements plus qu’il ne les contrôle, se trouve donc en devoir de traverser une contrée fantastique, ballotté d’un pays à l’autre, croisant le chemin d’êtres chimériques à la personnalité affirmée. Les deux auteurs imposent leur vision décalée de bout en bout, prenant un malin plaisir à prendre le lecteur à contre-pied, quitte à user de violence ou à imposer un final inattendu, à mettre en perspective de celui du premier album. Matthieu Bonhomme, par ailleurs créateur graphique du « Marquis d’Anaon » (Dargaud), impose sa patte classique et solide et une mise en couleurs lumineuse à ce beau récit dont le premier volet doit s’achever avec le prochain album.
Bonhomme et Bonneval sont attendus au « Festival A2Bulles » de Niort, le 1er juin prochain.
La reine de la « loose » est de retour. Avec ce troisième tome des (més)aventures de son (anti)héroïne Valentine, Anne Guillard persiste et signe, sur le même ton cynique et persifleur. La forme reste rigoureusement la même, mélange de bande dessinée et de parodie de magazine féminins. L’effet de surprise est éventé, mais le dispositif est rodé et fonctionne toujours. La cible du jour ? Les dossiers « spécial célibataire », courrier des lecteurs et psychologie de papier glacé inclus. L’univers de Valentine se pose et se développe, de nouveaux personnage venant enrichir son environnement. La patte graphique d’Anne Guillard fait le reste, mention spéciale au quatrième de couverture, toujours soigné. Et le rire est au rendez-vous. Un rire parfois jaune. Car au delà du délire et de la caricature, l’histoire n’est dans le fonds pas si éloignée de la réalité. Des Valentines, il y en a à tous les coins de rues. Pourquoi croyez-vous qu’il existe autant de revues féminines ?
Tékap ? Une collection voulue par l’éditeur Pierre Paquet pour capter de nouveaux publics, en retrouvant une certaine idée de la bande dessinée populaire. La formule est simple : des albums de facture classique, à la pagination limitée en volume (32 pages), vendus au prix fixe de 5 euros. Une initiative plutôt courageuse après l’échec de la collection 32 de Futuropolis. Difficile cependant de comparer les deux labels, objectifs et moyens mis en œuvre diffèrent sensiblement. Le résultat ? Plutôt satisfaisant, parfois frustrant : 32 pages, c’est court pour un récit complet. Paquet met cependant tous les atouts de son côté en ouvrant cette collection avec trois de ses plus belles signatures : Renaud Dilliès (« Betty Blues », « Mélodie au crépuscule »), Etienne Willem (« Vieille bruyère et bas de soie ») et Artur Laperla (« Voleurs de chiens », « Matilda Clark »). Avec à la clef, troisalbums aux tonalités différentes.
Rencontre avec le Bordelais Paul Drouin et son complice Philippe Lacoeuille dans un hôtel angoumoisin. Les deux hommes ont signé ensemble leur première bande dessinée, "Le moustiquaire de Berlin", récit décalé des déboires de deux moustiques madrilènes (dont un d'origine basque), lancés à la découverte d'un Berlin plongé dans une crise économique sans précédent. Le projet s'est vu décerner le grand prix du concours européen organisé par les éditions Glénat et la chaîne publique Arte. Il succède ainsi au surprenant "Essence", couronné à l'occasion la première édition en 2005, aventures du détective des objets trouvés Otto et de son rat Watson mises en scène par deux artistes polonais, Krystof Gawronkiewicz et Grzegorz Janusz.
Ce second tome (qui ne sera pas le dernier) est en deçà du premier volume, ce qui est logique vu qu’il fallait mettre le mystère en scène et appâter côté intrigue. Ici on se veut beaucoup plus explicite en identifiant une grande partie du passé de Heike et de son frère présumé Iannis à qui des sbires brésiliens (l’action a pour cadre l’Amérique du Sud) ont collé quelques meurtres sur le dos. La partie biographique reste complexe et un peu longuette ce qui donne un livre moins fluide que le précédent, avec finalement des flash-back plus aguichants qui traitent de l’idéalisme de cinq hommes passés par la Guerre d’Espagne et le font de l’Est aux côtés des Russes.
L’essentiel de l’action se limite à une course poursuite dans les favelas brésiliennes tout en oubliant pas une légère overdose de bavardage.
Mention spéciale pour le dessin de Stalner bien servi par la mise en couleurs d’Esteban.
Un bonus enfin pour les acheteurs actuels: on a glissé dans les pages de garde une carte postale des « 24 heures du swing » de Monségur (du 6 au 8 juillet). Ouvrez bien vos oreilles…
« Guerres civiles » est l’un des premiers essais de la collection « Futuropolis 32 », une belle tentative éditoriale qui malheureusement a fait un flop car ces albums de 32 pages qui s’échelonnent sur 15 ou 18 tomes ont pu faire fuir les lecteurs qui prisent peu cet échelonnement, d’autant que la mode est actuellement aux intégrales (les puristes pleurent ce genre de mercantilisme…). Mais la série « 32 » se voit offrir une seconde chance avec la réunion en album des trois premiers volumes parus à l’origine sous couverture souple et en grand format. Heureusement car on y trouve davantage de densité (plus de 100 pages!) et surtout une très forte personnalité qui colle à cette collection dirigée par Luc Brunschwing qui scénarise notamment « Après la guerre » sur des dessins de Martin.
« Guerres civiles » est avant tout une question d’ambiance qui pourrait nous ramener quelques décennies en arrière lorsque l’OAS menait la fronde contre la République. Seulement voilà le chaos est bel et bien contemporain et les tanks qui sillonnent les rues parisiennes font froid dans le dos, dans une France qui fout le camp dans tous les sens du terme: particularismes géographiques (même les Savoyards font sécession…), pillages, enfants laissés à eux-mêmes et armés, gangs en tous genres.
Le réalisme est renforcé par le parti pris des auteurs de se mettre en scène: Morvan, Ricard et Gaultier sont des personnages ordinaires qui jouent leur propre rôle dans un monde sans repère. L’intellect doit survivre dans la jungle qui s’instaure, au moins un reliquat d’humanisme mais a-t-on toujours le choix?
On peut flipper car il serait téméraire d’affirmer que « Guerres civiles » n’est pas visionnaire.
Son adaptation ciné par Michael Arias offre une nouvelle jeunesse à « Amer béton », oeuvre culte de Matsumoto Taiyô parue ici en 1996 mais restée confidentielle. Ce véritable roman de 600 pages, fondé sur l'opposition yin-yang habituelle aux mangas, avait souffert d'apparaître comme un entre-deux, à mi-chemin de la bande dessinée occidentale et de la narration japonaise. Ici, la violence, rare, n'apparaît jamais magnifiée : les coups font mal, ils laissent des traces. Et si les très jeunes héros possèdent, à l'image de Peter Pan, la faculté de voler, si on nous parle de deux enfants orphelins affrontant les yakuzas, l'histoire, les personnages, les décors s'accrochent au réel et nous montrent, dans un dessin au trait souple, l'envers du « rêve japonais », la pauvreté, la corruption. Dans chaque case, la ville qui toujours avance, avec ses immeubles et ses enseignes, occupe tout l'espace, écrase les personnages, qu'ils tentent d'imposer leur loi (les yakuzas), de maintenir un semblant de rempart contre la folie (les policiers) ou de simplement grandir et survivre. Matsumoto a réussi là une aventure initiatique forte, un poème psychologique souligné par un remarquable travail sur l'expressivité des visages dont la riche symbolique sait heureusement rester légère.
Chronique de Yves Champigny « Amer béton », de Matsumoto Taiyô. L'intégrale en sens de lecture japonais, aux éditions Tonkam. 640 pages, 27,50 euros.
Le talentueux dessinateur biarrot Mathieu Reynès (« Sexy Gun », « Lola Bogota ») est au cœur d'une actualité chargée : sa dernière BD, le T1 de la série « Les maîtres-nageurs » est sorti ce mois-ci chez Bamboo, toujours avec son compère Brrémaud. Dans cette BD de gags en une planche, Reynès relate ses souvenirs de bord d'océan, « c'est du vécu coco », avec un dessin du meilleur effet, le T2 suivra dans la foulée avant cet été.
Mathieu Reynès participe également au collectif « Nationale 7, route du Soleil », qui regroupe les illustrations originales de 33 auteurs de la bande dessinée sous le parrainage de Sébastien Loeb.
Ce livre portfolio regroupe des dessins, entre autres de Franck Margerin, Hermann, Serge Carrère, Achdé, Thierry Dubois, Sanz & Nico, Pierre Seron, Tibet et donc Mathieu Reynès. Chacun d'entre eux a choisi une étape, entre Paris et Menton, de 1936 à 1970 en dessinant leurs héros et un véhicule d'époque.
Il s'agit d'un beau travail, unique, enrichi de plusieurs bonus : la préface exceptionnelle de Sebastien Loeb et Daniel Elena, un scénario humoristique de Georges Lautner et Philippe Chanoinat, une présentation historique et humoristique de la borne kilométrique par Christophe Cazenove, et le dos de l'ouvrage est dédicacé par tous les auteurs.
Le format du livre portfolio est de 24 x 30 cm. Il est imprimé à 2000 exemplaires uniquement, ce qui en fait un objet de collection. La BD est à l'initiative d'Idées +, une association créée par des passionnés bénévoles qui réalisent des projets en relation avec la bande dessinée et diverses personnalités. L'objectif est toujours de rétrocéder une part des bénéfices au profit d’associations en vue d'actions humanitaires ou dirigées vers la jeunesse.
Cet ouvrage collectif est disponible au prix de 40 euros (10 euros sont reversés au profit de la Prévention routière) auprès de l'association Idées +, 100 rue du Pigeonnier 30320 Bezouce (http://www.ideesplus.fr).
Pour tout renseignement, 08 72 97 62 58 ou 06 22 12 22 57. Mail : contact@ideesplus.fr
Très belle affiche, au propre comme au figuré pour la journée de la bande dessinée de Niort, le festival A2Bulles, le 2 juin aux Jardins du Moulin du Roc. Le président de la manifestation, qui signe l'affiche, n'est autre que Guillaume Bouzard, auteur de "Plageman" (Six pieds sous terre) et de l'hilarant "Autobiography of me too" (Requins marteaux).
Sont conviés : Matthieu Bonhomme, Gwen de Bonneval, Guillaume Bouzard, Manu Brughera, Daniel Casanave, Nicolas Dumontheuil, Jean-Yves Ferri, Nicolas Guenet, Arthur Hugot, Manu Larcenet, Lisa Mandel, Yannick Messager, Mezzo, Stéphane Oiry, Jean-Philippe Pogut, Jeff Pourquié, Relom, Julien Solé, Hervé Tanquerelle, Olivier Texier, Olivier Vandermeulen, Vanyda.